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Mai

Tout s'arrête, même la Schilthornbahn, artère vitale de notre région. Quand ce noyau de vie s'éteint tout devient tranquille. Avec la révision de la Schilthornbahn revient en général le temps hivernal. Pendant la révision on sonde le coeur et les reins de la station et grâce à ce travail il n'y a encore jamais eu le plus minime incident. Entre-temps, le plus vieux des Oberlandais nous rend visite: c'est le föhn, sans crier gare, un tourbillon de föhn apparaît soudain au dessus de l'Ebnefluh.Ce vend chaud tombe directement sur Stechelberg et remonte en rugissant le long des parois rocheuses avec une force infinie. La force de ce vent est incroyable. Il y a 15 ans, 24 maisons ont perdu leur toit. Seul celui qui a subi la force du föhn comprend pourquoi les villageois craignent ce vent. Des rafales de vent pénètrent en force et en hurlant par toutes les fentes de la maison et l'on croit même qu'elle va s'envoler. Les tas de bois recouverts de tôle ondulée sont particulièrement fragiles. Même sous le poids de lourdes pierres, ces protections s'envolent avec tout leur chargement. J'ai vu de la tôle ondulée s'envoler à des centaines de mètres. Le föhn a aussi une grande influence sur le mental des gens. Pendant que le uns souffrent de maux de tête, les autres s'en retrouvent comme enivrés. J'appartient plutôt à la deuxième catégorie. Là, il n'est plus question de dormir. Je deviens superactif et ce n'est que quand le vent est tombé que je retrouve un sommeil bienfaiteur. Après le föhn, il commence à pleuvoir ou à neiger. Parce que le föhn est un vent sec, il ne suffît que d'une étincelle pour embraser tout un village en quelques heures. C'est pourquoi l'arrivée de ce vent signifie pour les hommes qu'ils devront être de garde. Pendant la nuit et en alternance, deux hommes en tenue de pompier circulent dans le

 

village et contrôlent si le feu a bien été éteint dans tous les poêles. Fumer au grand air est alors aussi strictement interdit. Grâce à ces mesures, Gimmelwald, jusqu'à aujourd'hui, n'a jamais été victime du föhn. Par contre, en 1928, Mürren a été en grande partie détruit par le feu au cours d'une de ses tempêtes. A côté de cela, tous les habitants de Gimmelwald sont astreints au service du feu. En avril et en octobre, 3 exercices ont lieu pendant une semaine. Vers la fin mai, notre vallée s'embellit au point de devenir un petit paradis. Les gentianes, les primevères hérissées, les pulsatilles soufrées et des milliers d'autres fleurs commencent à éclore. Dans chaque petit mare, les grenouilles et les tritons alpestres commencent à frayer. Seul celui qui observe exactement un triton alpestre sait combien notre monde animal est beau et coloré. Les bouquetins qui passent l'hiver sur les hautes crêtés s'approchent du village. Celui à qui la chance sourit trouve les premières morilles. Pour le paysan, c'est le début au travail du champ. D'abord, il faut débarrasser les pâturages des pierres. Pendant la traite des vaches, qui est un travail strictement masculin, les femmes et les enfants aident à ramasser les pierres. Quelques femmes cueillent les feuilles tendres des dents de lion pour en faire une délicieuse salade. Vers la fin du mois de mai, comme sur un ordre secret, tous les habitants de Gimmelwald retournent leurs champs pour y planter les pommes de terre. Depuis des décennies on cultive les pommes de terre et les légumes sur les mêmes parcelles. C'est visiblement à la femme qu'il revient de semer, d'arracher les mauvaises herbes, d'arroser et d'accomplir tous les autres travaux de jardinage. Avec beaucoup de savoir-faire, on parvient même à duper le mauvais temps fréquent.

 


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